La Chapelle



La chapelle de mon collège

Le Séminaire de Saint-Hyacinthe fondé en 1811 par messire Antoine Girouard, curé de Saint-Hyacinthe, possède une grande et très belle chapelle, d’esprit néogothique, qui fait l’envie de bien des institutions et de bien des paroisses aussi. Elle est magnifique et grande comme une cathédrale. Elle a été inspirée de la célèbre cathédrale Notre-Dame d’Amiens en France. Elle est construite au 2/3 de l’échelle de son extraordinaire modèle : 50 % de la hauteur par 75 % de la largeur et 60 % de la longueur, soit : 58 pieds de hauteur par 37 pieds de largeur et 232 pieds de longueur. Le volume intérieur de la nef correspond en proportion à celui de Notre-Dame de Paris. Tous les autres éléments architecturaux sont ceux d’Amiens. Cet édifice exceptionnel érigé en 1927 est l’œuvre d’un architecte de talent, René Richer. D’ailleurs, il avait préparé deux projets : un d’inspiration romane et l’autre d’inspiration gothique rayonnant français. Après bien des prières, les autorités du Séminaire ont finalement réussi à faire adopter ce projet grandiose.

Inspirée d’Amiens, cette architecture est un néogothique pur, d’une incomparable sérénité. Et dans la chapelle du séminaire, cette belle architecture est tellement pure qu’on ne peut pas lui trouver une appellation particulière. Alors, si le principe constructif et l’équilibre de l’architecture romane étaient statiques, ceux de l’architecture gothique établis sur le jeu des pesées et des poussées sont dynamiques. Et, jamais la masse de ces édifices n’est inerte. Car cette maçonnerie est vivante et en agissant elle remplit une fonction perpétuelle. Ces forces sont toujours présentes dans cette lutte pour l’existence contre la matière. La croisée d’ogives est une répartition des forces de poussée, forces de la nature, afin de les faire couler vers le sol, comme les eaux de pluie. La croisée permet surtout de libérer les murs qui ne servent plus d’appui. 

C’est donc la liberté totale dans les plans, où seules les colonnes sont reines. Cette ouverture toute grande, vers le ciel et vers la lumière, sera célébrée par le jeu de tous les magnifiques vitraux. Ainsi, cette belle architecture d’élan, de lumière, de spiritualisation de la matière est l’expression du mystère divin. Par la structure, qui maintient l’édifice en place, on a voulu créer un espace tout en hauteur pour que l’esprit et l’âme des fidèles s’élèvent vers le ciel à travers la voûte qui par ses croisements de nervures ressemblent à des bras et des mains jointes : les croisées d’ogives. C’est pourquoi il faut que l’édifice soit dépouillé au maximum de toutes décorations pour laisser la place aux assemblages structuraux savants. 

Ce qui définit une structure ce sont les lignes de force contenues dans ses éléments. Dans l’architecture gothique, on a voulu magnifier ces lignes de force. On le fait en ajoutant et en multipliant les colonnettes partout, même sur les colonnes. Les lignes de force y sont mises en évidence comme les cannelures sur les colonnes grecques. Ces lignes doivent toujours être les plus lisibles et les plus dépouillées possible. 

Enfin, dans cette belle chapelle, l’architecte Richer a réalisé un tour de force. Ici, malgré les contraintes de climat et de moyens, en utilisant des proportions appropriées à ce lieu, tout en concevant un dessin original, il a su conserver tout l’esprit gothique et cette atmosphère merveilleuse d’Amiens, chef-d’œuvre magnifique. Et tout autant éblouissante que chantante cette architecture bien ciselée exprime un remarquable mouvement tout en hardiesse vers le ciel. Un Te Deum !

Quelle est la valeur de l’architecture de cette très belle chapelle ? Voilà un monument néogothique au dessin remarquable. Trois chapelles, extraordinaires au Québec, peuvent avantageusement se comparer avec tout ce qui s’est fait au Canada et ailleurs. Celle du séminaire de Saint-Hyacinthe s’ajoute à celle du grand séminaire de Montréal construite en 1903-1907, inspirée des églises basilicales italiennes du Moyen Âge, une très belle architecture Beaux-Arts ! Elle est l’œuvre d’Omer Marchand, lui aussi ancien des Beaux-Arts de Paris. Et la chapelle de la maison mère des Sœurs des Très Saints Noms de Jésus Marie à Outremont, aussi de style Beaux-Arts, est une magnifique réplique de Sainte-Marie Majeure de Rome. Elle est l’œuvre en 1923-1925 des architectes Dalbé Viau et Alphonse Venne. 

On trouve dans la chapelle de Saint-Hyacinthe plusieurs œuvres d’art. Les vitraux de l’abside sont des verrières illustrant la vie de saint Antoine de Padoue, le patron du collège ; elles sont signées Ninchéri, 1937-1939. Ceux des transepts, en 1959, l’un dédié à la Vierge Marie et l’autre à saint Joseph, patron de l’Église universelle, sont en verre éclaté signés par le Belge Osterrath. 

La statue de saint Antoine est en marbre de Carrare. C’est l’abbé Raoul Martin qui a sculpté la banquette du chœur. 

Les quatre statues des fondateurs d’ordres religieux, Jésuites, Dominicains, Franciscains et Bénédictins, sont des dons de chacun de ces ordres, en reconnaissance de l’apport que leur a fourni le collège, ce sont des œuvres d’Elzéar Soucy. 

L’ensemble des meubles fabriqués dans les ateliers de Casavant-Frères, 1937-1939, comprend le maître autel dessiné par Richer. Le reste de l’ameublement est de Paquet et Godbout. Le maître autel et son tabernacle contiennent des sculptures et de nombreuses statues, œuvres d’Elzéar Souscy, de Pierre Valentin et de Raoul Martin. La cène inspirée de Léonard de Vinci ornant le tombeau du maître autel est d’Olindo Gratton. Les statues des pères de l’Église au-dessus des degrés du retable sont d’Elzéar Souscy, tout comme le crucifix du maître autel. Les chandeliers ont été exécutés par Raoul Martin, un prêtre de la maison. La sculpture représentant le sacrifice d’Abraham et celle de la mort d’Abel sur les côtés viendraient de l’ancienne église Saint-Jacques de Montréal. La chapelle conserve de chaque côté de la nef principale six des anciens confessionnaux de la chapelle antérieure et quatre des anciens autels. Enfin, on y trouve aussi un autel œuvre de l’abbé Raoul Martin.

Aussi, l’on retrouve tout autour de la chapelle des autels en nombre suffisant qui permettaient aux nombreux prêtres-professeurs de la maison de célébrer leur messe chaque jour. Dans chaque transept, en plus des autels dédiés à la Vierge et à saint Joseph, on y a logé deux anciens autels, en particulier celui du côté de l’évangile, qui conserve la chasse de saint Prosper. 

À la tribune, la chapelle possède des orgues imposantes, de conception romantique, construites en 1929 par la maison Casavant-Frères, la voisine du collège : 48 jeux sur quatre claviers manuels et pédalier. 

La vieille chapelle du collège datant de 1882-1886 était une œuvre d’Adolphe Lévesque et de Napoléon Bourassa. Elle avait été décorée par Thomas Rousseau. Pour sa part, l’ancien collège d’esprit néoclassique était l’œuvre de Pierre Louis Morin, en 1849, et il possédait une belle tour, bâtie en 1856, semblable à celle du marché Bonsecours à Montréal.

La magnifique architecture de cette chapelle se veut un lieu consacré à l’exceptionnel prestige de ce milieu d’éducation que fut le Séminaire de Saint-Hyacinthe. Voilà, sans doute ce que l’on voulait exprimer à travers le chef d’œuvre de René Richer.

Germain Casavant, architecte retraité, élève en 1951-1958.

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René Richer

René Richer était pleinement de son temps quand il a dessiné les plans de notre collège ; une architecture exceptionnelle dans la ville de Saint-Hyacinthe. Voilà pourquoi je suis convaincu que la chapelle du séminaire de Saint-Hyacinthe est plus que significative dans l’histoire de l’architecture au Canada. René Richer est né à Saint-Hyacinthe le 14 septembre 1887. Son père Euclide Richer était libraire et a été maire de Saint-Hyacinthe de 1898 à 1902. Il a épousé à Montréal, en 1915, Fernande Éthier dit Lamalice. Le couple Richer a eu une fille Claude Lise Richer, médecin, professeure et assistante du Dr Hans Selye. L’architecte Richer est décédé le 8 juin 1963, et ses funérailles ont été célébrées dans la chapelle du séminaire qu’il avait fait construire.

 Après les études classiques au Séminaire, de 1899 à 1907 et deux ans à l’école Polytechnique de Montréal en 1907-1909, René Richer entreprend un séjour d’un an à l’école des Beaux-Arts de Paris en 1909-1910. Après un stage de formation dans l’atelier Duquesne et Recours, affilié à l’École des Beaux-Arts de Paris, Richer entre à l’Association (Ordre) des Architectes du Québec en 1914 et s’associe à Pierre Aquin à Montréal. De nombreux contrats le ramènent à Saint-Hyacinthe où il trace les plans de plusieurs édifices publics : une caserne de pompiers en 1918, l’Hôtel-Dieu en 1919-1921, une école technique en 1921, la Porte des maires en 1927, le poste de transmission radiophonique CKAC, l’hôpital Saint-Charles, une annexe à l’hôtel de ville, le pavillon du club de golf, la rénovation du Grand Hôtel. On lui doit les plans des églises des paroisses Saint-Simon, Rougemont, Saint-Joseph et Sacré-Cœur de Saint-Hyacinthe, la restauration des églises Notre-Dame de Granby et Notre-Dame de Saint-Hyacinthe.

Surtout pour le séminaire, n’oublions pas les dessins de cette merveilleuse façade Beaux-Arts surmontée d’un dôme, dont seules les ailes est et ouest ont été réalisées en 1927-1929.

Germain Casavant, architecte retraité, élève en 1951-1958.

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Cette chapelle c’est Amiens !

Quoiqu’il n’y a presque rien d’Amiens dans cette chapelle ! Eh ! Pourtant ! C’est une architecture vraiment géniale ! Car tout et vraiment tout l’esprit extraordinaire d’Amiens s’y trouve !

Voilà le triomphe de René Richer !

 En effet, aucun pouce carré dans ce lieu n’est une copie authentique de la très belle cathédrale Notre-Dame d’Amiens. Au contraire, tous les détails architecturaux propres à une architecture québécoise s’y retrouvent. Maçonnerie, pierre grise, structure d’acier, toit plat, petites fenêtres, décor en pierres reconstituées, même, voûte en gypse, tout pour s’intégrer au climat d’ici !

Qu’est-ce donc qui se passe ? Ce sont tous ces éléments qui se retrouvent dans le dessin de René Richer, qui grâce à son très grand talent ont produit un assemblage savant. Richer y introduit les éléments architectoniques d’Amiens, pour aboutir à une composition géniale, donnant toute l’ambiance et tout l’esprit du monument d’Amiens. Cette réussite est telle que, du premier coup d’œil, le visiteur puisse dire : « C’est Amiens ou sa merveilleuse copie ! »

 Antoine Girouard, fondateur de ce collège en 1811, et tous les grands éducateurs qui l’ont suivi sont honorés dans ce monument.

Animé par toute une multitude de talents, le Séminaire de Saint-Hyacinthe, avait déjà en 1840, reçu une première reconnaissance, par l’octroi de la première charte universitaire romaine en Amérique du Nord. Le Séminaire avait reçu à cette occasion ses fameuses devises : « Fides et Scientia, Pro Aris et Focis ». « Fides et Scientia » ; sera plus tard curieusement aussi la devise de l’Université de Montréal.

 Ce collège a donné au Québec et au Canada des hommes célèbres ; pas moins de sept premiers ministres et six lieutenants gouverneurs de deux provinces canadiennes ; des médecins réputés, des radiologistes, des cardiologues et des oncologues ; des notaires, des avocats et des juges qui ont fait leur marque ; des comédiens, des poètes, des auteurs ; les frères Casavant, les célèbres facteurs d’orgues ; enfin des comptables, des agronomes, des architectes, des ingénieurs. N’oublions surtout pas le but premier de cette institution, la formation de prêtres remarquables dont certains, au nombre de 27, devinrent évêques et archevêques qui furent formés dans cette enceinte.

 Germain Casavant, architecte retraité, élève en 1951-1958.

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